Historique

Héritier de quatre siècles d’histoirepdf-icon

par Guy Jacobéus

Durant ces quatre siècles, l’histoire de l’Athénée et celle de Nivelles se sont à ce point enchevêtrées qu’il est difficile de les évoquer séparément. L’Athénée plonge en effet ses racines dans l’histoire même de la ville de Nivelles, une histoire certes souvent tourmentée mais d’où émergea au fil des ans une école prospère et renommée.
Afin de retracer les étapes les plus marquantes de cette évolution, retournons un instant dans le passé et transportons-nous au XVIème siècle.
En 1559, le Pape Paul IV, sur proposition de Philippe II, érigea Namur en évêché suffragant de Cambrai. Le doyenné de Nivelles fut rattaché au nouveau diocèse. Le premier évêque de Namur, Monseigneur Havet, espérait établir à Nivelles le Séminaire de son diocèse. Il proposa même l’installation de ce Séminaire dans la maison qu’il avait achetée dans la rue de l’Evêché. Cependant, la situation économique de nos régions s’était détériorée à la suite des troubles politico-religieux et l’évêque se rendit compte qu’il lui serait impossible de trouver le financement nécessaire à l’installation de son Séminaire. Il fallut attendre l’arrivée des Archiducs Albert et Isabelle pour que la situation se stabilisât et c’est finalement le cinquième évêque de Namur, Monseigneur François Buisseret, qui parvint à réaliser le projet de son lointain prédécesseur. Il installa donc à Nivelles le Séminaire diocésain qui ouvrit ses portes le 1er octobre 1605 et était situé rue Al’Gaille et rue de Charleroi. Cet ancien Séminaire, transformé en 1845 pour y installer l’Ecole Normale de l’Etat, fut détruit par un incendie en 1920.

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Monseigneur F. Buisseret (1549-1615)

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Locaux de l’Ecole Normale de l’Etat rue Al’Gaille

 A la fin du XVIème siècle, des Jésuites s’installèrent à Nivelles où, à partir de 1593, ils furent autorisés à prêcher et à faire le catéchisme. Ce ne fut toutefois qu’en 1614 qu’ils prirent résidence dans une maison située rue de l’Evêché. Et en 1620, l’évêque de Namur, Monseigneur Dauvin, constatant que les études littéraires étaient fort négligées au Séminaire de Nivelles, décida d’en confier l’enseignement aux Jésuites. Cet enseignement devait se donner dans les locaux du Séminaire non seulement aux séminaristes, mais à tous les étudiants externes de Nivelles et des environs qui voulaient fréquenter l’établissement. En somme, l’institution devenait séminaire et collège d’humanités. Comme l’enseignement des Jésuites était en vogue à cette époque, la population du Séminaire s’éleva rapidement. En 1624, elle atteignait 200 élèves.

En 1658, le nouvel évêque de Namur, Monseigneur de Wachtendonck, décida de réformer l’enseignement des futurs prêtres et de ramener le Séminaire à Namur pour suivre de plus près la formation des séminaristes. Mais à Nivelles, l’enseignement resta confié aux Jésuites jusqu’à la suppression du Collège en 1773 par le Pape Clément XIV. Marie-Thérèse remplaça les collèges de Jésuites par des collèges thérésiens. A cette époque, le nombre d’élèves avait considérablement chuté : selon Tarlier et Wauters, il ne dépassait plus les dix-sept !

Dès 1795, les révolutionnaires français, devenus maîtres de nos régions, s’empressèrent de fermer tous les établissements « où l’on n’enseignait pas la morale républicaine ».
Puis vint Bonaparte…..

En 1803, le Conseil communal de Nivelles prit une délibération capitale pour l’avenir de l’école :

Les maires et membres du conseil municipal de la ville de Nivelles, Département de la Dyle, Vu la loi du 11 Floréal an X et considérant la nécessité et l’urgence du rétablissement de l’instruction publique en cette ville… Considérant que la commune est dépourvue d’école où la jeunesse puisse s’instruire… Délibèrent : Il sera demandé au gouvernement l’autorisation nécessaire pour établir une école secondaire aux frais de la commune et sur ses revenus libres. Il lui sera demandé la concession du local du ci-devant collège pour la tenue de cette école.

Ainsi donc fut créé le Collège communal, l’ancêtre direct de l’Athénée Royal de Nivelles.

Ce Collège était implanté dans les locaux du Séminaire Buisseret, situés rue Al’Gaille et rue de Charleroi.

Les archives ne donnent guère de renseignements sur ce que fut vraiment le Collège durant le régime hollandais et durant les cinq premières années de notre indépendance.

En 1836, en conséquence de la liberté d’enseignement garantie par la Constitution, il y eut à Nivelles jusqu’à trois collèges d’humanités, dont un entièrement privé et un, dénommé Collège Notre-Dame-de-la-Paix, dirigés par les Frères du Sacré-Cœur. Cette multiplication d’institutions explique, sans doute en partie, le nombre d’élèves très peu élevé inscrits au Collège communal en 1836 : en date du 15 décembre, il y avait pour l’ensemble des classes 19 internes et 36 externes.

En octobre 1843, le Collège fut obligé d’évacuer les locaux du Séminaire Buisseret qui devaient sous peu héberger l’Ecole Normale de l’Etat. Le Collège fut alors transféré rue de Bruxelles dans l’ancien Refuge des Trinitaires d’Orival (devenu Musée communal d’Archéologie en 1956).

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Refuge des Trinitaires d’Ogival, actuellement Musée communal d’Archéologie

L’année suivante, la congrégation des Frères du Sacré-Cœur (mieux connue sous le nom de Picpus) transféra à Enghien l’établissement qu’elle dirigeait à Nivelles (voir plus haut). Et en 1848 l’immeuble délaissé par ces religieux, à savoir l’ancien refuge de l’Abbaye du Parc, situé à l’angle de la rue de Charleroi et de la rue des Pécheurs, fut mis en vente publique et acquis par la ville pour y installer le Collège communal, trop à l’étroit dans les locaux de la rue de Bruxelles. Ce fut pour la ville une énorme dépense, mais pour le Collège communal le point de départ d’un impressionnant renouveau. A partir de ce moment, le nombre d’élèves alla croissant : 116 en 1854, 128 en 1859, 147 en 1869.

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L’ancien Refuge de l’Abbaye du Parc
Collège Notre-Dame-de-la-Paix

Aux environs de 1870, l’administration des hospices civils entreprit la construction d’un nouvel hôpital situé boulevard de la Batterie. La commune se décida alors à acquérir l’ancien hôpital, jadis couvent des Récollets. Le Collège communal s’y installa en 1872. Il comptait alors 187 élèves, dont 108 internes.

Le Collège

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Certains locaux durent bien évidemment être adaptés ; et on notera que pendant les années de tourmente 1914-1918, les cours furent donnés régulièrement, mais parfois dans des locaux de fortune comme ce fut le cas en 1918, année où, les Allemands ayant occupé le Collège et l’ayant vandalisé, il fallut se contenter de locaux sommaires et improvisés situés à l’étage des magasins de la Coopérative, rue des Canonniers (ancien bureau de police de Nivelles avant la réforme des polices).

1919 fut un autre tournant décisif dans la vie du Collège communal puisque c’est par l’AR du 14 juillet que le Collège se transforma en Athénée Royal, et ce à dater du 1er octobre de la même année. Néanmoins, l’Athénée occupa ses anciens locaux des Récollets jusqu’en 1960 : le 5 septembre 1960 eut lieu la première rentrée scolaire dans les nouveaux locaux de l’Avenue du Centenaire qui ne furent toutefois inaugurés que l’année suivante, le 22 avril 1961. Enfin !, auront dû dire certains esprits chagrins ! Il est vrai en effet que les terrains destinés à la nouvelle construction avaient été acquis en ….. 1948. Les premiers coups de pioche furent donnés en avril 1956 et la pose de la première pierre eut lieu le 10 juin de la même année.

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L’histoire n’était pas terminée.

Les bâtiments de l’ancien Athénée (auparavant Collège communal) furent encore utilisés comme internat pendant une dizaine d’années, un délai assez long requis par la procédure qui devait mener à la construction du nouvel internat, rue Fief de Rognon.

Son inauguration eut lieu le 28 mars 1969.

Dernière étape : 1970, l’année de la fusion avec le Lycée Royal.

D’abord école moyenne jusqu’en 1958, l’établissement de la rue Seutin se transforma en Lycée Royal année par année. Les élèves étant toujours plus nombreuses, des baraquements provisoires furent édifiés rue de Mons. En 1970, les professeurs du Lycée manifestèrent pour obtenir des locaux plus salubres. Mais, pour éviter la dépense, le Ministère opta pour une fusion avec l’Athénée qui disposait de nouveaux locaux à l’avenue du Centenaire depuis dix ans. Pendant plusieurs années cependant, les locaux de la rue Seutin furent encore utilisés par l’Athénée devenu mixte. La construction ultérieure d’une nouvelle aile à l’Athénée permit à la ville de reprendre possession des locaux de la rue Seutin afin d’y héberger divers groupements et associations.

Bibliographie :

  • Edmé Pening, Les 75 ans de l’Athénée Royal de Nivelles (et en particulier l’article de l’Abbé Georges Dutilleux, professeur de religion catholique au Collège communal), Editions Rif Tout Dju, mars 1994.
  • Tarlier et Wauters, Géographie et histoire des communes belges, Ville de Nivelles, Edition A. Decq, mai 1862
  • Brochures n° 5, 7 et 9 de l’Association des Anciens et Amis de l’Athénée Royal et du Lycée Royal de Nivelles – 1962, 1964 et 1966
  • Notes personnelles de Monsieur le Préfet Barbier et articles de presse divers
  • Jean Vandendries, Les rues de Nivelles de A à Z, Editions de la Francité, 1989
  • Nivelles 50 ans après … Editions Rif Tout Dju, septembre 1992
  • Nivelles au XXème siècle, publication Rif Tout Dju, Editions Versant Sud, février 2000
  • Nivelles 1900-2000 édité sous le patronage de la Confrériye del Tarte al djote
  • Georges Lecocq, Mémoire en Images– Nivelles, Editions Tempus, août 2003
  • Archives personnelles
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